Triathlète amateur… Une vocation, un art de vivre, un investissement, des concessions, et surtout beaucoup de plaisir. Comment font-ils pour gérer leur passion ?

Dans la continuité des précédentes interviews de triathlètes longue distance voici le portrait de Catherine Houseaux qui partage avec nous son histoire et quelques conseils utiles pour mener à bien un objectif taille XXL.

Un témoignage d’une grande sincérité qui illustre bien que rien n’est jamais acquis mais que tout est toujours possible.

 

LIEN VERS L’ARTICLE sur le magazine Respirez sports

Qui est Catherine Houseaux ?

Catherine est avant tout une jeune fille comme les autres à ceci près qu’elle est atteinte de troubles thyroïdiens qui s’expriment entre autres par une grande frilosité, une fatigue chronique, un métabolisme lent et par un retard de croissance qui fait rapidement naître en elle le besoin de se mesurer aux autres et d’être reconnue comme parfaitement capable de réussir. C’est dans le sport qu’elle va alors s’exprimer et exploiter son potentiel assumant son « petit gabarit » et découvrant au fil des années ses capacités d’endurance.

Pratiquant très jeune la natation, elle était loin d’avoir trouvé son sport de prédilection. A 12 ans elle arrête et profite des plaisirs de certains sports comme la planche à voile, le ski, l’équitation, le kayak…

Son inspiration pour le triathlon lui est venue de son frère qui lui-même brillait déjà dans ce sport. Elle avait alors 25 ans, et c’est sur un coup de tête, en octobre, sans le moindre entraînement et avec un vélo d’emprunt pas du tout à sa taille qu’elle participe en 1990 à son premier triathlon XS. Loin d’être un succès cette course éveille quand même en elle une certaine curiosité et intérêt et la pousse sur le départ du triathlon XS de Monaco deux semaines plus tard. Confortée par sa place de 3ème ex-aequo alors qu’elle n’avait que 2 semaines d’entraînement, elle décide de se lancer et prend sa licence l’année suivante !

De 1991 à aujourd’hui, son épopée dans le triathlon longue distance

Après quelques participations sur courtes distances, Catherine découvre rapidement le format longue distance, terrain de jeu idéal pour exploiter son endurance. En 1992 elle rêve déjà de défier Embrun et s’inscrit sur un coup de tête après une reconnaissance du parcours vélo quelques semaines seulement avant la course. Très peu d’entrainement, mais finisher en 14h50, sa carrière dans le XXL était lancée.

C’est une tâche difficile que de mentionner tous ses titres tant il y en a. Rappelons toutefois quelques résultats de la belle carrière de Catherine en tant que triathlète amateur. Outre de nombreux top 3 sur Championnats de France longue distance, elle a été championne de ligue sur S, CD et L en1992, et elle accède 4 fois aux Championnats du Monde longue distance où elle décroche en 1995 une 13ème place (7ième à 10 km de l’arrivée avant une hypoglycémie !) et en 2002 une 25ème place avec une préparation très écourtée. Elle détient aussi le record féminin des « finishers » à l’Embrunman avec 10 participations dont une 1ère place en 1997 et en 2003.

Des forces… 

Nombreuses sont ses forces ! A commencer par son endurance innée qu’elle a su exploiter au fil des années dans un premier temps sur le vélo avec très vite une belle progression et ensuite sur la course à pied avec un travail technique en parallèle. Ce fond endurant l’a toujours confortée dans son évolution.

Plus spécifiquement à vélo elle adore quand ça monte, mais n’oublie pas de mentionner l’importance d’une bonne gestion des descentes car c’est aussi là que la différence peut se faire et que l’on peut s’accorder un petit temps de récupération entre deux montées.

Persévérante, c’est ce qui me vient à l’esprit quand je retrace son témoignage. Bien que toutes les conditions n’aient pas toujours été réunies pour qu’elle se lance à fond dans son aventure, elle est allée au bout de ses ambitions.

Et des points faibles…

La natation n’a jamais été son dada… Loin de s’inquiéter elle a préféré utiliser la natation comme le moment de la course où elle s’échauffe avant d’attaquer le vélo. Sortir de l’eau en limitant les dégâts et sans être fatiguée, voilà sa ligne de conduite !

Du fait de ses troubles thyroïdiens Catherine a parfois souffert de déséquilibres hormonaux qui se sont exprimés au travers d’hypoglycémies aiguës en course, d’une fragilité osseuse menant à des fractures de fatigue… Pas toujours évident donc de composer avec tous ces facteurs et de maintenir une régularité dans les entraînements.

Des motivations principalement intrinsèques

Si elle a jeté son dévolu sur le triathlon c’est avant tout parce qu’elle a rapidement vu dans cette discipline l’opportunité de prendre sa revanche sur les problèmes de santé et de croissance de son enfance. Le triathlon lui a permis d’exploiter ce qu’elle avait déjà (endurance, persévérance…), de prouver qu’elle était capable d’exceller dans un domaine, et de gagner confiance en elle. Cette confiance qui peut parfois encore lui manquer dans sa vie de tous les jours.

Le triathlon lui a aussi permis de montrer sa valeur au sein d’une famille dans laquelle elle avait l’impression de toujours faire moins bien que les autres. Rendre fiers ses parents et son entourage était donc une belle source de motivation.

Composer chaque jour avec ses fragilités et difficultés médicales lui a permis d’évoluer, de mieux se connaître, de se comprendre… Et quoi de plus plaisant que cette découverte de soi à travers l’effort ?

Aujourd’hui Catherine n’a plus rien à prouver aux autres, et c’est la recherche du plaisir qui l’anime au fil des entraînements et des courses.

Son principal regret : ne pas avoir pu s’exprimer pleinement

Après tant d’années de pratique sportive son plus grand regret reste peut-être celui de n’avoir jamais pu réunir toutes les conditions nécessaires pour exploiter pleinement son potentiel tel qu’elle l’aurait souhaité.

En effet Catherine est triathlète amateur, c’est-à-dire qu’elle doit aussi gérer son lot de difficultés dans sa vie personnelle et professionnelle avec des périodes plus prenantes que d’autres. Par ailleurs Catherine a dû faire face à de nombreuses blessures. Un contexte qui a pu parfois la démotiver.

Le doute fait partie de sa carrière

En 1997 suite à un mélange de problèmes de santé et de difficultés professionnelles elle remet en question son investissement dans le sport. Elle ressent par ailleurs une certaine routine, elle qui apprécie le renouveau, et elle réalise tous les sacrifices qu’elle fait pour cette passion du triathlon. Manque d’entrain flagrant, elle décide de mettre un terme à sa carrière. Cette même année, elle prend le départ d’Embrun qu’elle remporte avant de « disparaitre » de la scène jusqu’en 2000.

Embrun et encore Embrun

Il n’aura pas fallu plus que la rumeur d’une dernière édition de l’Embrunman pour faire revenir Catherine sur le départ ! Avec très peu d’entrainement elle s’appuie sur ses restes et fait son come-back dans le triathlon.

10 participations au total dont 2 victoires et avec une belle progression au fil des années. En 2003 elle atteint son objectif : passer sous la barre des 12h (11h55).

Embrun est pour Catherine une course mythique inégalable. Beauté et grandeur des paysages, difficultés du parcours, caprices météorologiques, ambiance toute particulière… Elle n’échangerait pas cette course pour une autre. D’ailleurs elle n’a jamais participé aux triathlons XXL extrêmes qui se développent de plus en plus et représentent aussi de très beaux défis.

Des sacrifices au plaisir

Bien que très éprouvant physiquement et psychologiquement le sport était pour Catherine une raison de vivre, un pilier central de sa vie. Désormais elle réalise que c’est un équilibre de vie qui lui procure des moments de calme. C’est pourquoi ces dernières années elle a donné une nouvelle tournure à sa pratique du triathlon. Elle souhaite prendre plaisir à faire ce sport en limitant au maximum les sacrifices. Un virage qu’elle n’avait pas su prendre avant. Et sans trop d’efforts mais avec plus de technique, elle performe suffisamment bien pour atteindre ses objectifs, ce qui la conforte dans ce nouvel état d’esprit.

Ce qu’elle ferait différemment

Si c’était à refaire Catherine m’avoue qu’elle aurait pris le temps de mieux se connaitre pour mieux s’écouter et ainsi mieux se gérer notamment dans la prévention ou la prise en charge des blessures. Un temps passé à l’écoute de soi qu’elle aurait gagné en évitant quelques longues coupures sportives. Elle réalise aussi qu’en agissant ainsi elle aurait peut-être réussi à réunir plus de facteurs favorables à une pleine expression de son potentiel.

Les conseils de Catherine pour la préparation d’une course XXL

« Il ne faut rien laisser au hasard… et essayer de maîtriser un maximum de facteurs avant de prendre le départ. Cela permet de dissiper les doutes et d’éviter de mauvaises surprises. Mieux vaut être confiant sur le départ d’une telle course plutôt que de faire face à l’incertitude. Pour se sentir prêt il y plein de choses à faire :

  • Reconnaître le parcours (Idéalement le faire en 2 fois afin de ne pas se faire peur et surtout pour bien prendre le temps d’identifier chaque étape de la course)
  • Identifier les moments clés pour s’alimenter
  • Anticiper les descentes et phases de « récupération »
  • Envisager différents scénarios de course
  • Bien tout tester avant le jour J surtout sur l’alimentation et l’hydratation (très important sur Embrun car c’est en moyenne 2h de plus que sur un Ironman classique avec en plus des conditions climatiques pouvant présenter de grandes amplitudes de températures)…

En gros, il faut faire un maximum pour se sentir 100% prêt. »

Les atouts d’un club de triathlon

Il est important d’être accompagné, éclairé, conseillé lorsque l’on prépare un objectif de course XXL. Le choix du club peut varier en fonction des attentes de chacun. Catherine a évolué dans plusieurs clubs dont La Ciotat, Montpellier, Manosque, et Aix. Le soutien d’un club est pour elle un point important car elle a parfois eu l’impression d’avancer seule. Or un club, en plus d’accompagner ses athlètes, peut créer une réelle émulation.

Au Triathl’Aix depuis 3 ans elle se sent en phase avec l’état d’esprit du club qu’elle apprécie pour son engagement aux côtés des athlètes et pour ses valeurs. Il y a au Triathl’Aix une belle équipe de professionnels spécialisés sur le longue distance, mais surtout un fond de convivialité et de partage qui rapproche les professionnels et les amateurs et permet à tous de profiter de l’expertise de l’équipe pro qui se prête aisément au jeu lors des regroupements, stages…

(J’en profite d’ailleurs pour remercier toute l’équipe pour leur disponibilité et leurs conseils avisés sur le longue distance : Anthony Pannier, Bertrand Billard, Denis Chevrot, Manon Genet et Catherine Houseaux. Un grand merci également à notre président Jean-Christophe Ducasse pour sa confiance.)

Pour finir sur un beau souvenir…

La plus belle course de Catherine est très récente puisqu’il s’agit des Championnats de monde de half Ironman , dans le Tennessee en 2017. Enfin, elle a pu regrouper sur cette course un maximum de ses moyens et prend une 4ème place dans son groupe d’âge. Fierté et émotions étaient au RDV.

Merci beaucoup Catherine d’avoir partagé avec nous les moments clés de ta carrière de triathlète XXL. Je te laisse la parole pour un mot d’encouragement à celles et ceux qui prendront le départ d’Embrun dans les années à venir :

« Que chacun prenne un maximum de plaisir sur cette course mythique et au travers de ces paysages extraordinaires. Vous avez la grande chance de pouvoir la faire et ce n’est pas donné à tout le monde. Soyez acteur de cette aventure, animez le spectacle de la course et faites le maximum pour vous faire plaisir. »

Publicités